
Oies au vol en file
du mirliton
point de son
le silence mêle blanc et noir
que croire ?
555

Oies au vol en file
du mirliton
point de son
le silence mêle blanc et noir
que croire ?
555

Viens
voix hurlante
vol de l'ange
en harmonie
louve amie de l'homme
la neige claque ses flocons
en conciliabule avec l'horizon
que ferme la nuée.
Passe ta robe
et me joins
l'homme au passé révolu
ma solitude ennoblie
le son des cloches croise le murmure des errants
s'ouvre le cœur des tendres
en accueil de la rudesse des blessés de l'âme.
Petites pierres sculptées
contre le mur de chaux recouvert
la marche lente sur la neige craquante
appelle et replie de gothiques écritures
la muse contre l'églantier
garantie du sceau des mendiants
en cette étendue
de rencontres soulevées
à merci de l'univers.
554

Accepter la Vie, être conscient,
de cette part de nous-même
qui cherche à grandir,
à pousser ses limites, à répondre
à une demande, à être en accord
avec ce qui est, par des actions
dont on ne connaît pas
la complexité causale mais
qui nous semblent juste sur le moment.
ça brûle donc je me chauffe ;
le tirage adapté viendra après.
Tout est question de distance
hors la perspective qui seule
subsiste, une perspective qui
n'implique pas nécessairement
la Vérité, mais qui compense,
qui pardonne, qui donne de l'énergie,
qui aime et ne nous déçoit pas.
Et si cela navrait toutes les
incertitudes et nous orientait
vers la prise de risque d'être
en responsabilité sans préjuger de
ce qui se passera !
Il fût un temps de parousie affirmée
où néanmoins nous prîmes la clé
des champs, simplement pour n'être
plus dans le cercle des habitudes
et entrevoir les dérives du système.
Avec raison et bonhomie au fil de
l'eau il y eut bien des rapides
et des chutes qui nous entraînèrent
vers l'autre côté de soi,
ce maigre affront à soi-même,
cette outre emplie des vents
de l'aventure.
Le destin ourdit des bizarreries,
le cadran de l'horloge a des
hoquets de tendresse. S'arrêter
près de la source aux loups
prélude à la réflexion de manger
ou d'être mangé, d'envisager
le clair-obscur des visitations
avec sérénité, d'être aux petits
soins avec sa faim tout autant
qu'avec son besoin de sommeil
et de rencontres.
Un brouillard recouvrit le fond
de la combe, une bruine amena
des gouttelettes sur le visage,
le froid envahissait le corps.
Un faon sortit du bois
immédiatement suivi par une biche
ce qui me remit sur pied contre
le grand chêne outragé par des
orages qui avaient entamé des
branches maîtresses mais dont
la force résiliente ébranlait
mon être.
Je repris le service d'ost.
Le seigneur m'attendait.
Il devait encore pleuvoir des
grenouilles.
Le chemin montait.
Je savais qu'après la butte
la pente serait descendante,
que la place du village serait
bruissante de couleurs et de voix,
qu'une vitalité légère brasserait
les corps et les âmes jusqu'à ce
que le beffroi sonne les douze
coups de midi.
Alors je partirai, le travail
entamé, escorté des trolls et
des djinns vers le point de
non-retour où la mort rejoint la
naissance, au sanctuaire où tout
s'apaise près du frêne et du
tilleul.
Prémices du regain de
la vie.
553

Sanctuaire
guidance des dents sur le devant de la hampe
à petits pas sur la sente des fleurs
je hume les fragrances
du mimosa
mon abécédaire des hautes terres
en appel des mots de miel
écaillés par le crissement des cigales
auprès des vagues
à cheval sur la voix énonciatrice
aux naseaux que le sel blanchit
la poignée de salicornes
à bout de bras
brandie vers la Victoire.
Au trot
à crû
les sabots frappant le sable durci
la métaphore
sort de l'ombre
vertèbres cliquetantes
frisettes au vent.
le mégalithe capte
le vol des oiseaux
en bord de mer
rapide passage du fusain
sur la feuille blanche d'une sylve présence.
552

Cette aventure
au delà de l'objet de série
courbe le temps
adjonction pointilleuse
recouvrant les décombres du mystère
de parures pour rire
et de superstitions outrecuidantes.
Cette aventure
au delà de la raison et de l'appel
courbe l'espace
mesures mortifères
dont la contredanse ne peut être
qu'immobilité
fermement plantée sur ses ergots
au centre du dialogue.
Marchons à grands pas
tous dehors et lui dedans
là où tout se tient tout se marie
dans l'auguste brouillard
recouvrant les excavations
de la paroi haute à gravir
les mains nues
à chérir le repère de l'aigle
alors que dansent par le bas
les divagations de l'esprit
derrière d'hypothétiques tentures crépusculaires.
Ne nous égarons pas
qui refuserait d'ailleurs la pincée de sel
sur la langue des ouvreurs de l'aube ?
Soyons la flamme d'un monde de paix
Soyons la grâce de l'architecture ouverte
Soyons sans haine ni aveuglement
les éléments pleins
sans démêler le tien du mien
à la portée de l'œil unique
en livrée d'amour et de sagesse
Soyons le baiser
d'avant la bascule des lèvres jointes.
551

Nez contre nez
Quelques bribes
de mots au vent venus
au risque de passer pour un vieil orignal
aux bois velus.
Puissent quelques passants
les saisir en sourires
à l'hiver vingt et vingt
sans qu'oubli se fasse
à l'aube de ce qui vient
alors que tout est en nous.
Sans prudence
à consommer
pour le meilleur de soi
en ouverture à l'autre.
550

Les Idées les pensées sève du rêve envol hors du temps imparti que n'ai-je été poussière fine crocs et becs évacués dans les marmites de l'oubli. La caravane passe le vent fait se soulever les voiles les sabots claquent sur le chemin ferré hors le passage des astres poursuivant leur insigne voyage demeure l'aube aubépine le retour du jour. Corps et cœur convoqués par temps cérémonieux la plage accueille les rescapés sous le crachin des orgues marines le bout des doigts glacés crispant le bâton des ancêtres ~ la voix s'élève. Vigilance est là de couleur bistre orientée vers le dévers de la falaise à découper les Idées en menues lanières de cuir l'esprit voletant par les herbes courbées sous le joug des souvenances. Vigilance évalue la distance Vigilance recueille en sa besace les mille infractions commises par temps de paix alors que la soldatesque couvrait plaines et forêts d'éclats de fer clinquants. Vigilance mon enfance ne permettons plus aux coffres des trésors enfouis la remontée du mal de signes et de poussière mêlés vers l'encorbellement de nos bras scellant l'arrogance des illusions. Vigilance mon ultime appel de ceintures dénouées ne laissons pas les Idées envahirent le sourire de nos aînés. Soyons fiers et simples devant le grand chambardement. 548

Si beau
de mer en son écume
la totalité du monde a des élans de printemps
que l'hiver agence
J'arpente la tunique unique de ma peau
que le désir caresse
cet étrange voyage
juste pour accomplir le contrat
Je laisse s'effacer
le visage de nos morts
le long des racines aménagées
par ces gens que j'aime
ces gens du voyage
à la marée
dessinés
sur le nomadisme des élans
La vérité est royale
elle est sœur du rien
unique au vent glacé
elle touche le cœur en son errance
Révélé en première page
au gré des ans
me font signe par le fenestron
l'au-revoir des gens que j'aime
Je cherche la lumière dans le noir de l'esprit
et vois le présent en ses rejets
d'attentes réparties sur la table
parmi les miettes du festin
J'attends le livre du sans-soucis
sous le réverbère des vies enfouies
comme une vitre sale révèle des traces de doigts
tout autour du cœur qui saigne
défaite pour ceux de ci-prêt
organisant la fuite des migrants
Echec inéluctable
en opposition à ce que j'entends
le son est une leçon
Jacques mon frère de l'autre rive
je gagne à être parmi les perdants
comme chauve-souris clouée sur
la porte des granges
Je triomphe
en l'effacement du sacrifice
dans les champs labourés
sans cause sans conséquence
je triomphe de mes pertes
en souriant
en claquant des doigts
sans discours
sans la science
mais en sortant par la porte arrière
laissée ouverte
où naissent les brûlures du fourre-tout
des absences
Alors je sombre
devant le charivari des ustensiles
de cuisine jetés contre le mur
un bol entre mes doigts
un bol ordinaire
un bol avec ses éclats sur le rebord
un bol de mendicité
oublié par le jeu des enfants
effaçant l'attachement
Passer le temps
me berce d'illusions
lorsque je tends la main
à chaque étape
sans que la belle expression parvienne
Il faut vraiment chercher
approcher de soi
sans conscience
ce que l'on est
éprouver le heurt nécessaire
nous éclairant
pour qu'un peu plus de ce que nous sommes
aille par là
~ la marche du crabe
Ne pas croire
ne pas devenir l'image
oser le roseau de la roselière
être
le tiers courbé lors du dialogue
remiser ses larmes dans la sciure
des ébauches
Etre seul
comme personne
pour que la recherche avance
par sauts de puce
sur la vareuse du soldat couvert de boue
figé par l'éclat du shrapnel
Etre dans la joie
sans méthode
ne pas regarder ce qui blesse
ne pas penser ce qui vient
être la chance au hasard de la mitraille
être vivant ensemble
avec ce qui se rassemble
en l'autre
en soi
549

Une, deux,
je pôle et ris de la dualité
je polarise
mille facettes à l'encan
le positif et le négatif
ne sont que jouets
à l'entrée de la fantaisie
où la chenille
vue et velue
s'apprête au grand chambardement.
Une, deux, trois,
je triomphe
je réalise que le jour point
qu'il y a en ce monde
bien plus que moi et mes peurs
que ma fusion est consommée
que la sérénité est œuvre de chair
que la chrysalide va bientôt s'ouvrir
que le papillon va s'envoler
que je vole.
Une,
mon âme est unifiée
je suis colombe ou porte-croix
je suis la marche du roi
en ma conscience-veille
le corps en orbite lance
hors des yeux de la terre
la poursuite du chemin
guidé par l'étoile
présente au sein de la ténèbre.
547

A la mort des feuilles
l'arbre retrouve son noyau
en joyeuse compagnie tout est bois
le corps pèse.
Tel un jeune oiseau
il est encouragé à rejoindre les terres d'en-haut
il sautille
il volette pour apprendre la fluidité.
Déployant ses ailes toutes neuves
au soleil couchant
son corps lumineux s'envole
vers les demeures familières.
546