Tous les articles par Gael GERARD

Voyage en terre connue

Il se balance     
le Grand Louis   
sous la poutre de la grange   
à regarder par la trémie   
les hirondelles à tire d'ailes   
aller vers l'outre-tombe   
des cris en queue d'aronde.       
 
Faudra passer faucheuse   
sur les prés énamourés   
de mousserons bien ronds   
enrubannés par la rosée   
des coryphées de circonstances   
semant par la fenêtre   
les mots de l'oubli.      
 
Figure sur l'aplat gris souris   
d'une romance épatante   
un sac de noix   
cognant cascade sèche   
les croque-dents de l'enfance   
pour écarter du pouce et de l'index   
la lèvre des amours.      
 
Dans la douceur de l'été indien   
les vaches ruminent   
couchées dans l'herbe haute   
de canicule et orages le fruit   
à épouser d'un regard grave   
la légèreté des libellules   
filant lumière sous la tonnelle.      
 
Il est des échancrures de sang séché   
dont le verbe de l'inconsolé   
refuge des contes de l'air   
nourrit les milans tournoyants   
à la barbe des sages   
offrant notes superbes   
sur la guitare des rêves.      
 
Mission de plein emploi de soi   
en descendant de la montagne   
vous fûtes à même d'égrainer    
parmi les roches noires de la cheire   
quelques dizaines de chapelet   
à la dérobée   
en souvenir des wagons plombés.      
 
 
1138

Il est tard ce soir

Des nuages gris   
une musique   
aux notes rondes   
de nuit   
la présence d'une mère   
frêle et douce   
comme la pommelle de la rampe   
vers la cave menant   
au piano des souvenirs   
miel de nos mains jointes    
contre les stores éventrés   
par le souffle du missile.       
 
Les soldats de l'an II   
ont les entrailles à fleur de peau   
pour sortant des fossés de Vendée   
entrebâiller la porte   
d'un regard doux   
branche de houx posée sur le manteau de cheminée   
en effacement des formes-pensées   
sur le fond muet du mur de chaux   
où évaluer le libre essor   
des forces palmées   
d'insectes noirs   
s'agitant au dessus des ferrures de l'instinct   
et chambranle passé   
se mettre à l'abri   
au creux des reins blancs   
draps relevés jusqu'à l'envie   
d'une âme   
à la faculté   
d'accueillir la parole vive   
au sacerdoce d'un sac d'os   
laissant paraître   
la dérision du retour à la maison.      
 
Du passé   
prêt de toi   
en fraternité d'être   
la mémoire rappelle l'histoire   
échangeant   
vieilles photos écornées   
la pulpe des fruits mûrs   
ragaillardie par l'éclat rose bonbon   
des joues de l'enfant blond aux eaux calmes   
proie d'une lamproie   
crispant de quelques coups de queue   
la marge du cahier d'écolier   
à décoller   
en prise directe   
la déréliction du temps venu.

 ( détail d'une œuvre de Jean-Claude Guerrero )  
 
1137

Blanche collerette

Blanche collerette à ce jour   
légère en sa démarche   
vous m'êtez promise   
et c'est moi qui apparu   
à la verticale des troncs grumeleux    
devant les brumes éponymes   
dans cette allée des hêtres   
fluante pâte sarrasine   
à même de lever l'index   
dans cette nef silencieuse.      
 
Permis de dire avec courtoisie   
que l'enfant au chignon   
à la porte des armures   
bénissait d'un onguent de Damas   
ce qu'écrire est ensevelir   
d'un vol aux larges arabesques   
les amants éternels   
apparus en sous-bois   
embrassant à pleines brassées   
le tronc et les branches.   
    
 
Plus bas était le songe   
de la tendresse à tous les rayons   
au creux de la vasque de pierre   
au trumeau de l'entrée   
le passage des ombres   
au souffle dédiées   
quand mordillant un peu de soi   
faire éclore de la déchirure   
les papiers froissés de la dérision   
entre mâchoires et griffes.      
 
Le long d'une claire clairière   
fleurissait une étoile   
dont le corps ombellifère   
se balançait   
tendant ses pistils au rythme des perles de soie   
pour rouler le chant du Simorgh   
dans l'attardé renflement de l'esprit   
prompt en ces temps de sécheresse   
à laisser s'écouler quelques gouttes de sang.      
 
1136

Marie Belle

Marie Belle   
avait un œil vair  
vert comme la mer    
un œilleton en permanence  
ouvert sur la frontière.        
 
Au jeté de table   
elle préférait l'ourlet de robe   
prise dans le chambranle   
de la chambre attenante    
des poulbots de lumière.       
 
La porte pleurait   
de ses peintures craquelées   
évoquant le travail ruisselant   
d'une rencontre à venir   
aux bons soins de son âme.      
 
L'âme de la porte   
indulgente mais fermement arrimée   
reçut à ce jour le pouvoir d'accueillir   
celui qui viendrait de promesses   
fleurir ses abords.      
 
Qui c'est celle-la ?   
ne dit-on pas d'elle   
qu'elle vient du fond des âges   
orner de houx et de gui   
le linteau des portes de l'Esprit.      
 
A distance   
se trémoussait le pantin magnifique   
le sire de Rouelle   
le copain de Pierrot   
sorti tout droit du tableau de Picasso.      
 
Et Saint-Louis   
de s'enflammer d'envie   
sur le pont de la Marie-Belle   
en s'embarquant pour Tunis   
comme un enfant trop longtemps privé de sortie.      
 
Point de répit pour les âmes de la collusion   
l'amitié les tient en joue   
à la merci du vent nouveau   
les effluves des plantes odorantes   
montant des calanques.      
 
Nous irons   
et ce sera doux   
de se voir, de se toucher   
de se dire le sourire   
pour s'endormir côte à côte.      
 
1135

Coquinage

Perché sur un roseau   
c'est un bel oiseau   
à pied ou en voiture   
qui fait turelure   
jusque dans la plainte      
avec vigilance et sans crainte   
à guetter l'aigle noir   
sans toutefois y croire   
ne serait-ce qu'une fois   
dans la ville de Foix   
où parmi les étoiles   
qui décorent la toile   
comme en Ukraine   
au milieu des graines   
ou ailleurs   
à toute heure   
prendre le canon   
pour la raison   
tout un art
le Cæsar
en clamant "Liberté"   
par ces beaux jours d'été   
aux nuits longues longues   
dans le hennissement des hongres   
à rentrer dans la danse ronde   
de l'étang de la Bonde   
sous les tamaris   
dans la friture des rires   
pour prendre foi   
et comme ceux d'un Roi   
ouvrir les bras   
larges comme des draps   
gardant poignée d'étamines   
rouges du sang de Carmine   
à l'heure de vérité   
pommelées dans la nuée   
quand l'horizon sur le tard   
d'un accord de guitare   
se replie tel parapluie   
sans bruit   
toi et moi   
dans le froid   
pour sauter    
à la main un béret   
dans une flaque de lumière   
tel Artaban le fier   
l'ancien florentin   
qui de bon matin   
frappait la casserole   
dédiée à son rôle   
au milieu des sorcières bleues   
de Saint Ferjeux   
et faire romance   
au pays de France   
pour miracle de papier   
endimancher   
le chemin de ronde de la Citadelle   
d'une rondelle de mortadelle   
en agitant branche d'olivier   
sans se faire prier  
sans un murmure   
sans rature   
dans l'éloignement du monde.      
 
1134

Qui l’eût cru

Scintillent   
à la queue leu leu   
les perles du mal au crâne   
étrange miroir   
à justifier les couleurs ajoutées   
sur le mur de refend   
pour que la nuit s'écoule.    
 
Nous connaître   
sans reconnaître   
l'herbe gelée dans le giron de l'aube   
à l'horizon bleu   
d'un hymen de circonstance   
en suppression   
du geste de l'horloger.      
 
Ouvrir les yeux   
et se tenir coit   
pour remettre   
le sourire à sa place   
les draps blancs du chenapan   
contre la parie de bois noir   
puis se précipiter dans le Léthé blanc.      
 
Croulent boules   
en disette d'un chemin d'apparat   
à tenir la coque de noix   
craquante entre les ruines   
tel le pas blond de l'enfant   
au plus près du ressac   
de l'as de cœur.       
 
Sans écueil point d'accueil   
de la poésie dégrimée   
à tordre les graminées     
à l'aigre ton d'une mer acidulée   
anarchiste à se prendre au sérieux   
et tordre le cou   
hors limites de l'espèce.      
 
Un lieu   
une frayeur   
posés là   
en délicatesse d'un corps nu   
sur la pierre étendue   
d'une évidence   
je le fus.      
 
L'art des mots  
grandiloquence assumée    
en prise sur le menhir vrai   
à mi-chemin de l'éclaircie et de la voix claire   
augures de la vraie vie   
de celle qui l'eût cru   
de signes et de sens liée.      
 
1133

Le sage et l’œuvre d’art

Le sage en ses scolies   
perpétue l'idée qu'il a de lui.    
 
À ses souffrances    
il est l'essence qui le fait naître.      
 
Et tout revient au même   
tout est égal dans l'indifférence.      
 
Ni aveugle ni stupide   
il est impartial et charitable.      
 
Au plus bas degré de sa liberté   
il est unique.      
 
Deux feuilles d'arbre   
de l'arbre des origines   
et pourtant discernables.      
 
Mis bout à bout   
les charmes de l'individu   
ont vandalisé   
disons vers le nombril   
et un peu plus bas   
la prétention à l'absolu   
pour regretter   
d'avoir eu à fluctuer   
entre monter et descendre.      
 
Page habitée   
page blanche.      
 
S'ouvrir à ce qu'on est   
c'est s'ouvrir aux autres   
et à l'universel.      
 
Au degré de notre individuation   
bannissement assuré   
à défaut d'être ce qu'on est déjà.      
 
De manière douteuse   
échanger ses besoins   
à l'épreuve du Réel   
nous rend contempteur   
de ce qui sera   
le lièvre ou la tortue   
par excès de délicatesse   
alors que dehors il fait froid   
et qu'à l'immobilité   
nous préférons tourner la page.      
 
A toute fin   
l'infini nous absorbe   
quand l'indéfini est sans limite.      
 
A propos de l'Univers   
" Une sphère infinie   
dont le centre est partout   
et la circonférence nulle part "   
( Pensée de Pascal .)      
 
Reste à faire le tri   
à petits bruits   
quand la parole se remet   
d'un jugement hâtif   
et d'encenser la Vérité   
sans fournir le bûcher.      
 
Tombent les peaux usées   
en conclusion d'avoir existé
dès lors   
que l'ego   
de clarté et d'ordre   
hypertrophie le moi   
survalorise la logique   
pour consentir à être seul   
comme œuvre d'art   
se dégageant de l'esthétique des je t'aime.      
 
( œuvre de Jean-Claude Guerrero )

1132

Ondine

 De grâce délicate   
elle ondulait le meilleur d'elle   
en passant place des Tournelles   
à manifester de son calicot vert   
l'élégance même.      
 
Sensible en sa noblesse de port   
elle était sublime accord   
avec les quatre éléments   
la confondant   
avec la lettre Qôph.      
 
Au patchwork indispensable   
elle avait joint le sucre   
pour abeilles butinant la fleur   
deci delà  
enchanter son ouvrage d'un miel d'orage.      
 
L'histoire de sa vie   
avait été l'histoire d'un échec   
dans lequel le réel avait été plus fort   
que la visée des résultats   
qui n'ont de but que de tromper celui qui les lira.      
 
Sa capacité de ressentir   
avait modulé ses efforts à se faire belle   
et tout était clair   
pour ses neurones-miroirs   
que le ciel avait magnifié.      
 
L'En-soi s'était estompé   
à mesure du temps passé   
devant le tas de sable de sa destinée   
limites floues   
de son enracinement dans la Terre.      
 
Toucher le fond pour rebondir   
était une énigme   
un problème mal posé   
à petits jets de probité   
sur le dos de la Bête.      
 
Elle ignorait le plein repos   
elle ignorait son vide   
elle oscillait de la souffrance à l'ennui   
sans que l'étrangeté la saisisse   
cette nourrice pleine des enfants à venir.      
 
Elle avait connu la question   
elle avait retenu la défiance   
désillusionnée et libre   
elle exigeait la remise des clefs   
de sa Race son Etat sa Nation.      
 
Être-là   
En un lieu proche de l'existant   
elle augurait de l'espace et du temps   
la morsure de l'événement   
en optant d'être-pour-la-vie.      
 
 
1131

Le paradoxe

Tu es partout à la fois   
et je t'ai saisi au moment "t"   
tu t'es tu   
et c'était bien comme ça.      
 
Je me suis arrêté de penser   
de bouger de vociférer de pleurer   
et nous avons reconstruit   
l'habitat de nos ancêtres.      
 
Tu es partout à la fois   
comme la première fois   
dans la ville de Reims   
conjoints dans le passé et l'avenir.      
 
Le gros cristal    
des intentions de direction   
n'en a pu mais   
een attendant que le train siffle.      
 
Tu es partout à la fois   
et mal m'en a pris   
d'être là immobile et tranquille   
dans la double fente d'une lumière tamisée.      
 
Voir écouter toucher goûter sentir   
sont entrés dans l'arène   
et j'ai tourné tourné tourné   
par loyauté pour le spectacle.      
 
Tu es partout à la fois   
je t'avais saisi au moment "t"   
sans propos en fin de marché   
pour bifurquer encore et encore.      
 
Tu es partout à la fois   
en quête d'usure de la foi   
en accumulation des éléments du moi   
en attente des trompettes de la renommée.      
 
Tu es partout à la fois   
dans le paradoxe du local et des inégalités   
pour intrication quantique   
faire tourner les polarisants   
au dernier moment   
et changer d'angle   
en renouvellement de la source   
et que vienne vie/mort   
quand l'Etoile paraîtra.      
 
1130

La tendresse des voiles

Passe repasse   
vole s'envole   
la tendresse des voiles.      
 
Lune prune blanche   
orée de l'attente   
d'un roudoudou d'amour   
fûtes essaim d'abeilles bruissantes   
devant lourd coléoptère   
coopérant pour la bonne tenue   
des prairies   
chargées des mille fruits et fleurs   
de notre belle Terre   
à jamais commune.      
 
Mâchouillant l'œillet du poète   
faisant ronds de jambe et approximations   
dans la tenue du livre d'heures   
il parut céans   
de tourner le dos   
aux sollicitations de l'esprit   
pour se carapater le soir venu   
dans la hutte aux étoiles   
déguster le plat de lentilles   
à la barbe d'un Dieu révolu.      
 
Passe repasse   
vole s'envole   
la tendresse des voiles.      
 
1129