Une, deux, je pôle et ris de la dualité je polarise mille facettes à l'encan le positif et le négatif ne sont que jouets à l'entrée de la fantaisie où la chenille vue et velue s'apprête au grand chambardement. Une, deux, trois, je triomphe je réalise que le jour point qu'il y a en ce monde bien plus que moi et mes peurs que ma fusion est consommée que la sérénité est œuvre de chair que la chrysalide va bientôt s'ouvrir que le papillon va s'envoler que je vole. Une, mon âme est unifiée je suis colombe ou porte-croix je suis la marche du roi en ma conscience-veille le corps en orbite lance hors des yeux de la terre la poursuite du chemin guidé par l'étoile présente au sein de la ténèbre.
A la mort des feuilles l'arbre retrouve son noyau en joyeuse compagnie tout est bois le corps pèse. Tel un jeune oiseau il est encouragé à rejoindre les terres d'en-haut il sautille il volette pour apprendre la fluidité. Déployant ses ailes toutes neuves au soleil couchant son corps lumineux s'envole vers les demeures familières.
Batifolons le long de l'onde coquille de mots aux aléas des remous soumise et consentante mâchurée de teintes bleues ouvrant larges ses yeux émerveillée par la rencontre. Arrivés au bief déposant les amarres contre le granite de la berge montent les vociférations du meunier. Pour peu que la peinture s'écaille ma poule d'eau mon égérie je te lègue mon sang de traîne misère époumonée d'algues vertes sans excès devant l'offre de tes bras mon pressentiment ma destinée mon unique ma romance mille fois réenchantée sans soupçon d'abandon.
Du ruisseau au chant d'oiseau en écho des montagnes si tendre si fragile cette ascension vers soi au poudroiement des lumières bouches ouvertes nous irons la blanche auréole des matins guidant le berger main ouverte à qui la prendra notre enfance entre les rochers au crépu d'une végétation que l'amble d'un cheval inaugurera messager d'une dernière promesse à mesure d'un temps d'offrandes de paroles affranchies sur le pas de porte de l'esprit ma petite langue des prés ma douce amie des bois ma déraison endimanchée tant de fois caressée sans que rompe la ramure et que monte le silence de la prière.
Frappant les sombres abysses la vague vint puissante et chaude broyant nos illusions au fond des abers fracassés.
Tout était plus grand la prière montait des embarcations le flot cinglait les visages il n'y avait sur le pont que cordages enchevêtrés et prise de ris cliquetante.
Quand du ciel jaillit la corne des morses la beauté nous saisit pour nous empaler au vertige des supplications l'instant d'inattention assumé.
Se déversaient l'or et la lumière des relations avec le Tout le doigt de solitude en évidence aux cinquantièmes rugissants nous rappelant à l'ouvrage de tant et tant d'amour à prodiguer.
Mamour ma vie aux racines mêlées filtrait cette lumière en fond d'allée aux arbres de gratitude et de puissance alliées. Des papillons de jour des papillons de nuit dans leurs courses syncopées dansaient l'aller-venu des vives couleurs de l'Esprit au son des tambours guérisseurs. A genoux sur le seuil elle tendait ses bras nus paumes des mains ouvertes sa chevelure lustrale effaçant les derniers lambeaux de nuit que le baiser de l'aube rougissait. 542
Il y a le monde en ses excès et puis l'aigrette blanche en son immobilité.
Au coucher du soleil il y a l'homme sensible le trublion des marais salants la lèvre moussue. A marée basse traces sur le sable du cygne en son envol un frisson pour se remémorer. La nuit organise les songes trémie des gouttes de pluie pour une danse sacrée sigisbée de notre errance.
Eperduà courir les bois l'homme se met vite en émoi sous le murmure d'une ramure poussée par le vent qui de ci de là fait vaciller la houppe des grands arbres au regard vibrant point de remue-ménage juste la danse vigilante des gardiens du seuil dont l'œil darde en l'avenir lustré par maints passages telle peau étendue sur la souche au bouche à bouche de mots écrus papillons de lumière livrés au lendemain pourvu qu'ils sachent du temps accompli dire l'attente juste. 540
Sont faits pour s’aimer ces deux là à la cantonade d’âme et de gargouillis du cœur s’échappent à petits jets les ambages sans menottes d’ailes altières les passements de jambes des poètes nos frères nos pères nos fils l’accaparée aux cieux des calmes enfants de la vie simple. Passant ôte ton couvre-chef il y a là de bon aloi sous les humeurs automnales beaucoup de silence et d’amitié.
Aux limites de la quête et du doute il y a cette attente, la clarté en son avènement.
Les nuages peuvent se déliter, les vents ne suffisent plus, il y a aussi la marée du cœur qui fait vaciller l'être.
La pluie qui tombe sur le ciré au contact de la peau nue électrise la conscience d'être au delà de la chaleur animale et en deçà du monde.
Plus rien ne se passe comme avant les vaches continuent de brouter le chien est assis entre mes jambes, je suis adossé au talus de pierres, tous deux sommes de garde au goutte à goutte du temps qui morigène.
Reviennent du large les voiles de l'enfance.
Il faut partir pour ne plus revenir, l'humide et la lumière se marient, demain il y aura l'arc-en-ciel.