Messaline endormie au sein des symphonies la muse lierre de fards parée énucle la face grise de l'ennui. Au son des cymbales et des olifants le cavalier de Trencavel éclaire d'une épée de feu la meute qui le dévore. Ici point de lanterne point de carabistouilles au gré des passions juste quelque oracle inaugural. Demeure le petit homme aux callunes assujetti aimé des dieux à l'immense tendresse destiné à prendre son envol. Petit homme petite femme tournent l'horloge pendulant leurs vérités sociales et planétaires à l'ombre d'une vie d’exil. Dans cette inextricable toile des meurtris venus à terme rien à dire hormis le silence. ( Céramique de Martine Cuenat )504
En lisière de forêt la vie la vie secourable la vie en offrande la vie giboyeuse en amitiés la vie qui se faufile et que rien n'arrête Un carré de verdure où poser ses pas une échancrure si fragile que le regard même trace les courbes de l'avenir Une flaque d'eau D'avoir marcher devant soi vers la nuit libère l'espoir de ses convenances Reste un sillon de lumière où béance tenante choir sans retour arrière sans pomme de discorde une corne de tendresse en plein cœur.
Le chien courait sur le chemin des bergères entre les fougères accoutumées. Navré de devoir frapper un si bel homme à la carotide. Maman devant s'était éloignée en simulation d'être pressée de rentrer.La pluie se fit cinglante et piquait le visage une brume nous recouvrait. La marée était montante on entendait le ressac frapper les dalles de granite. La jetée était déserte un marin dans sa petite embarcation godillait ferme vers un cargo ancré entre les jetées du port. ( peinture de GJCG )502
Au prolongement du jour quand la nuit se fait profonde où le navigateur tremble devant les dangers qui l'assaillent il y a cette lumière cet oiseau qui annonce la terre et le soleil quand la connaissance est naissance que le jour est amour se gonflent les montgolfières en ascension gracieuse chalumeaux bruyants faisant fuir les oiseaux comme manne au désert quand la faim nous tenaille. Mesure-t-on les pas à faire affaire de temps affaire de regard portés en juste place jusqu'au soir ?
Vivre la toile recouverte de couleurs dans les deux dimensions de l'une à l'autre les brosses brassent l'air coulures aux lanières gouleyantes les signes éclosent sitôt remis en leur origine. Écluses ouvertes la montée des émotions fait vague unique quand l'étrave saccage l'eau et la berge entre les rangées de platanes au vent sifflant sur les bourgeons à venir. 500
Le poète ne se relit pas Il écrit Il ne revient jamais sur ses pas Il s'éprend de l'agitation des foules. Il a compris à la fois tout et rien. Le grand détachement. L'expression poétique est peu réfléchie Mais elle réfléchit le monde. L'extérieur est un puits de mots De maux m - a - u - x À la source des mots. Le poète ne sauve pas l'humanité Il essaye de se sauver Lui En ses contorsions existentielles Qui le font s'ouvrir. Le poète est un gyrobroyeur Il est le metteur en mots Des existences autres Présentes ou passées. Il est le vers et le fruit Et le bruit Et le verre et l'eau.499
Le temps
n’est pas constitutif d’un quelconque ordre ; ce qu’est par contre l’intuition
qui elle est aveugle au temps .
Le temps n’est que le passé et l’éternité . Il est impossible de penser le temps, de saisir le temps . La notion d’ « instant présent » est un oxymoron
Le temps ? Ce
montant vertical entre les deux parties de la fenêtre ; un avant, un
après, un tout près, un ressenti gauche / droite, une bipartition, un ailleurs
? La pensée s’exerce à le définir … et le temps file entre nos doigts .
Le temps ne
partage ni ne relie ; il permet un faux dialogue entre deux
illusions, il remplit un néant qui fait peur, il permet le bavardage sans que
l’après soit évoqué, il fausse la vie, il nous fait appeler « vie » ce
qui n’a pas eu le temps d’être, par manquement à la vie, par non acceptation de
notre finitude .
Le symbole, lui,
est une incarnation de la réalité, de ce qui fait du lien entre le sujet et
l’objet .
Il y a quelque
chose au delà du sujet et de l’objet ; il y a la résonance de la rencontre,
hors temps .
Ce qu’il y a de
contradictoire, de naïf, de mutilant entre le sujet et l’objet en relation
univoque, dépasse la capacité de parole . Cela exhausse et incite au mouvement
et à l’action, ce qui permet de passer à un autre niveau de réalité .
Il est nécessaire
de changer son positionnement en interrogeant sans cesse « la manière dont
je suis » par rapport au monde . Et si celà ne se peut, s’il y a répétition
des mêmes choses : c’est manquer la cible .
De passer d’un
niveau de réalité à un autre niveau de réalité ne peut se produire que lors
d’un certain état de disponibilité, quand quelque chose nous pénètre secrètement,
lors d’une claire observation sans parti pris, d’une méditation, d’un lâcher
prise …
C’est alors qu’un
temps nouveau est, l’instantané, le temps qui naît, un temps là, dans la fulgurance
de son émergence, un temps d’hier et d’aujourd’hui, un temps hors temps, la
plénitude de l’instant, comme si l’éternité se trouvait là, à ce moment, un
temps fait d’ailleurs et d’ici, le temps de la rencontre, et qui est bien plus
que la somme de ce qui nous convoque et de ce que nous sommes, un temps en
élévation qui promeut un autre niveau de conscience, un temps où aller, un
temps déjà là, le temps qui n’est pas constitutif, le temps qui néanmoins nous
embrase, l’âme alors exhaussée c’est-à-dire animée par le double mouvement de
l’accueil et du don de soi rassemblés dans l’embrasement de soi .
De saut en saut de sourire en soupir de soupir en sourire quoi que l'on fasse aujourd'hui fera face à la finitude pour demain et après-demain en débours de quelque nuit d'amour ~ accueillir le temps qui passe. Eclose chaque matin au chant du merle l'aurore nouvelle ouvre ses paupières pour une journée convoquée ~ présence à ce qui est. Remettre la maison en ordre nourrir le chat aller au marché déjeuner avec un ami ouvrir un livre refermer les pensées dans le linge blanc des souvenirs ~ accord avec ce qui vient.
Élégante montée vers la cime des arbres Puis descente en vacuité tendre le long des bulles de rosée.
Corolle niche aux insectes appropriée même le son du cor les enivre. Passage ombragé en bas de falaise reflets des touches de soleil au travers du feuillage.
Et puis rien juste regarder ce qui vient l'estompage des effets de lumière atteindre l'eau noire.
Marmelade lisse aux éclats cadencés d'une mouche athlétique le long de la fêlure se suivent les poulpiquets de l'ombre. Aux pierres sacrées amener l'obscur en sa grâce. Prunelle de ses yeux la gelée de groseilles acide au demeurant écarta toute contestation.