Expurgé d'entre les mousses
inoculé par ses dendrites mémorielles
hors déni
le mystère veille
darde et reflète l'occupation du lieu
de lampées gutturales et festives
de ces rencontres
la nuit tombée sur le pas des portes
de ces romances
trop tôt dites puis oubliées
au petit matin
désœuvré
au passage des poubelles
sage remise en place après fête
les formes et les élans au fourreau
attendre des jours meilleurs
que surgissent à nouveau
les mains tendues
les sourires discrets
les invitations surprises
et s'entendre dire
que c'est beau la vie
lorsque le linge est dépendu
se méprendre
de l'innocent clin d’œil
échangé entre deux draps
cascades de rires
au milieu des voiles ensoleillées
ailes d'anges frôlant la fraîcheur matinale
juste un frisson à retenir
juste l'oblation à recueillir
la chaleur aux joues
sans frein
faire éclater le bourgeon d'un baiser doux et soyeux
pour l'amour de Dieu
pomme d'api
d'api d'api grise
pomme d'api
d'api d'api rouge .
118
Viens faire un tour par ici

Vite fait bien fait
la visite à ma vieille amie silencieuse
affligée d'un dégel
en ses vitraux mélodieux
calmes papillons de lumière
paupières repliées sous leurs sourcils basaltiques .
Le vaisseau est à quai
aucun mouvement ne trouble sa quiétude
le monument aux morts monte la garde
la fontaine roucoule perle rare et joyeuse
enchâssée d'un tas neige
poussé par l'étrave .
La voiture rouge se gare
les essuie-glaces s'immobilisent
les portières s'ouvrent et claquent
des hommes en bottes de caoutchouc et casquettes sortent
les mains ondulant
dans les poches de leurs larges pantalons .
Ils entrent dans le café
un déca-crème rallongé
et un nature
non un bock
avant que des bruits d'animaux en fureur
sortent du percolateur .
" L'ambiance commerciale est-elle de retour à Orcival ? "
" A Besse y'avait le trophée Andros et la Saint Cochon "
" Superbesse ne connaît pas la crise " .
La cuiller tapote la tasse
ça cause d'un colibri
qui ouvert puis fermé
vient parfois faire un tour par ici .
La porte s'ouvre
un vent frais envahit la salle
le carrelage ciré reflète la basilique
Un grand moment d'immobilité
Toujours comme la première fois
Devant la Vierge Noire .
117
Dégel
Goudron et neige coexistants
en dicotylédones semi-sphériques
les naissances arrivèrent rapidement
sous la lunaison propice .
Goudron et neige
de salissures moirées
la plaine s'encapuchonna
sans que filtre le regard .
Goudron et neige
ne dépendant ni d'Eve ni d'Adam
les semelles laissèrent leurs empreintes
sur la livrée sénescente des brumes .
Goudron et neige sevrés de soleil
arrimèrent la grand'voile
pour ceindre d'une étole
le démarcheur du beau temps
occupé à pelleter devant sa porte
alors que la burle hurlante
suppliciait arbres et poteaux .
Goudron et neige se mirent en pâmoison
à mesure du dégel
lâchant au passage
les stalactites de glace
venant exploser au pied des murs
codicille m'enjoignant à poursuivre la quête .
116
Le furent-ils ?
Le furent-ils
d'exploits asservis
les élégants exégètes
de la parole divine ?
Ils auraient
en compagnie des sans-grades
occupé l'espace promis
à plus grands qu'eux.
Navrés de se terrer
sous les gravats du temps
nous aurions pu accompagner
leurs tentatives de faire entrer
la bonté
dans ce lieu de garnison.
Rasés de près
les mâchoires serrées
les cerbères tenaient leur avantage
sans que l'ombre d'un doute
ne fasse frémir le regard
posé
immobile et dense
sur l'horizon des afflictions.
115
Ces notes qui dénotent
Ces notes de musique
enchantées par le lâcher des choses dites
en cas de rébellion des hauts fourneaux
en catimini de l'alcool absorbé
une chanson sèche
susurrée par une voix de tête
au tournoiement des calebasses
agitées par les mains obscures de la déraison.
Il y avait
là
de gravée sur la margelle
une croix jetée
hors la prison de l'engourdissement ,
un soupir ,
un regard ,
une invitation
simplement évidente
que j'obtempérai
le doigt couvert de cendres
en sainte application
sur le front .
Au défaut de l'armure ,
par la fenêtre de la prison ,
il y avait
celui que je ne cherche pas ,
celui qui échappe et retient ,
l'Autre .
114
Assieds-toi et me dis
Assieds-toi à côté
et me dis les mots vrais,
ceux de la vie
de la vie simple et proche,
décris ce qui est,
sois le miroir fidèle,
n'invente rien,
n'omet pas le banal et le disgracieux .
Laisser faire l'horloge
qui égrène les secondes disparues .
Plus près encore
ressens le chaud
de nos deux corps .
Ne cille pas devant l'émotion qui te vient
cueille ce qui s'offre,
apprécie
et n'attends rien de particulier .
Être là,
parenthèse vive
hors des habitudes
à la fin d'une longue phrase
tel un souffle qui deviendrait éternel .
Sois ce qui se passe
entre nous,
entre toi et moi,
sois toi
dresse le dais princier de la rencontre
entre ce que tu es et ce qui t'entoure .
Captes
le chant des anges,
guirlande champêtre
au-dessus de nos têtes
en ascension lente
vers la frondaison des arbres
aux cris des corbeaux
reflétés dans les eaux calmes du canal
un soir d'été à prendre la fraîche
le long du chemin de halage .
L'enfant qui vint
quelques mois plus tard,
le bel enfant,
nous prolongea
bien au-delà de nous
hors tout
vers ce qui devait advenir .
113
En redingote stricte

Amandine à l'amende se pavanait à mesure des flonflons essoufflés que nous percevions sous le plancher disjoint de notre rencontre émotionnelle. Elle faisait preuve d'un grand courage et mettait du cœur à l'ouvrage saupoudrant à la volée le vol des oies sauvages de baisers de sucre sous l'édredon des lampées de brumes à mesure de notre avancée au dessus du marécage des hostilités feintes à essuyer son index mouillé dans les poils de barbe près de la commissure des lèvres d'un soleil couchant oraison funèbre pour un hiver victime de rigueur au boutonnage tout de saison de la redingote stricte . 112
Demain il sera peut-être trop tard
Ne tape pas sur la table,
caresse la pelisse chaude
laissée sur le radiateur .
Mets de l'eau dans ton vin
sans crème Chantilly
sur le col de tant d'années à démêler le tien du mien,
sursois à l'étranglement des remontrances .
Franchis de pied ferme
les séracs de l'évolution sagittale
atteignant la cible des effractions
commises sur le râble de la beauté
pour suçons de paix déposés sur l'épaule
entendre dire,
en passant,
comme si de rien n'était,
que demain,
il sera peut-être trop tard .
111
Conseils pour vaincre les dérélections
Se seront posés
telles des fourmis couturières
en leurs céans de mal-aimés
tout en contenance
et pourtant
si agités en leur souvenance
à tisser nuitamment
la reconduite du jour qui point .
N'avaient-ils pas mangé leur pain blanc
quand jeunes encore
ils énonçaient la grande affaire de leur vie ?
D'abord " Ouvrir leurs rêves "
sur le dévers des convenances
en ascension lente
vers davantage à prendre sur cette terre .
Puis " La curiosité ",
se bâtir en ouvrant les portes
sans présager de l'avenir
à Nègrepelisse
royaume des petits êtres assagis
en leurs moustaches nécrophiles
plus prompts à passer de mode
qu'à faire ce qu'il y a à faire .
Et ensuite
"Aller voir ce qu'il y a derrière"
afin de se nourrir
enfants de Roumanie affamés
des objets de luxe de l'Occident
plus aptes à rester ébahis
devant la fleur de peuplier
qu'à faire le guetteur au coin de l'immeuble .
Pour
" Regarder les disciplines qui nous entourent "
afin d'accroître ses connaissances adjuvantes
histoire d'être prêt à l'échange
avec le voisin
fols chercheurs de l'indicible
d'un soleil levant
tout en discrétion
sur la lèvre vermeille d'un sourire d'éveil .
Et avoir
" Un esprit large tout en creusant sa spécialité "
car toute recherche nécessite de planter
hors des terrains battus
les antennes captatrices de nouveauté
éternels célibataires en quête
d'un mariage qu'à tout âge
nous nous targuons comme à regrets
d'originer
avant toute élévation de l'âme .
Enfin
" Travailler en groupe "
car c'est dans la friction des êtres
que l'énergie fossile produite par la blessure
des âmes en déshérence
permet
la mise en formule
des sagesses
menu chemin de simplicité nécessaire
à la disparition des dérélictions .
Puissent les traces du loup en forêt
engager légères
l'élan de vie
vers le bel été de nos rencontres à venir
ma louve .
110
L’être humain; corps, âme et esprit associés
L’Etre humain est une structure englobant un corps, un psychisme et un esprit . C’est aussi un processus existentiel et spirituel par son engagement, dans le temps qui passe, et dans l’espace cosmique qui dépasse et interroge notre entendement .
Notre corps est périssable. Le corps-organisme est structure de perceptions au travers de ses organes . Il est corps-organe et pas seulement corps-matériel .
Il est le premier objet de communication et de relation à l’autre . Il porte l’inscription de tout ce que nous avons vécu au cours de notre histoire dans sa globalité. La physiologie émet des signes et des messages issus des mécanismes existentiels programmés en lui comme dans un ordinateur.
Le psychisme, ou psychologique, caractérise le mouvement des pensées, les idées stéréotypées, un monde intermédiaire dans lequel on ne peut rien bâtir tant le trouble est grand. La confusion psychologique est la base de l’être .
Le tri qui est fait dans le compliqué du mental, ouvert à toutes les influences, est effectué par la conscience . De cette conscience découle plusieurs notions agissantes dans le travail psychologique : l’écoute fine et sensible à ce qui est là, la conception unitaire et globale de l’organisme – on ne peut pas dissocier le corps, de l’affectif et du mental -, la notion du lien entre l’organisme et l’environnement – la conscience est conscience de quelque chose -, la dimension temporelle dans le devenir de l’être humain, l’idée d’un potentiel à découvrir grâce à l’élargissement du champ de conscience .
Le travail psychologique peut ouvrir à la réalisation spirituelle, et s’il ne mène pas au spirituel, il peut néanmoins débloquer, voire écarter, des situations et des comportements qui piègent le psychisme, afin de rendre l’être humain disponible à autre chose par l’élargissement de son espace d’intervention. Le travail psychologique permet l’ajustement créateur à l’environnement .
L’esprit est la fine pointe de l’âme, le sommet de la pyramide qui communique avec le monde supérieur .
Il est repérable au travers de la quête du bonheur qui nous caractérise. Nous allons vers quelque chose, et cet élan, cette énergie que nous avons en nous, nous pousse à la réalisation de nous-même dans l’ouverture à ce qui est changeant, différent, indicible, dans la relation à ce qui nous entoure et principalement à autrui. Nous sommes comme poussés par une faim de complétude qui se révèle être la propension à se découvrir, soi, au plus profond de son être .
C’est alors que nous entrons en résonance, avec un lointain écho qui se rapproche jusqu’à devenir mythe ou mémoire secrète .
La révélation qui en résulte nous convoque à un changement de regard sur ce qui est proche, et c’est en dépassant l’illusion de nos désirs et notre lâcheté à éviter les surprises, que nous nous situons alors dans l’obligation de « contacter » cette part imprenable de nous-même .
L’esprit nous incite à passer de l’ « avoir » à l’ « être ». Il est ouverture à l’Autre qui vient vers nous, au jamais vu, jamais expérimenté, à la nouveauté créatrice en écartant nos conceptions habituelles qui habitent notre vieille conscience .
L’esprit se reconnaît à ce qu’il est indestructible, simple, inattaquable . Il est le fil rouge, de l’être au milieu des tribulations de la vie, que rien n’efface car tout concourt à ce qui est.
L’Etre humain a besoin de ces trois composantes dans l’expérience du vécu pour être convoqué à l’expérience d’une vie de conscience, de liberté et de responsabilité. Il se doit d’être l’accompagnant du profond de lui-même et d’autrui, par la pratique, dans ses actions menées à l’extérieur, de la transparence, de l’équité, du beau, du bon et de son exemplarité.
Il a besoin du corps, de l’incarnation de l’Etre, du tangible, de ce qui promeut la concrétisation du chemin existentiel et permet la visibilité d’un but vers lequel tout semble converger. La conscience du corps est le garde-fou, qui au travers de certaines expériences spirituelles, permet de retomber les pieds sur terre. Il est aussi le lieu des sensations et visions inouïes .
Le corps résiste à sa disparition programmée – l’instinct de survie -, et par cela cherche à se reproduire et à perpétuer l’espèce .
C’est la référence à notre propre corps qui crée autrui et lui donne sens. C’est au travers de notre vulnérabilité que nous pouvons « toucher » l’autre, le rendre à lui-même, et par là, nous fonder nous-même .
Le psychisme est essentiellement le monde des émotions. Il est aussi le champ de la cognition dont l’extension stimule les recherches en neurosciences. Il nourrit cette volonté de l’Etre à l’autoconservation, à l’individuation et au plein emploi de ses capacités intellectuelles, affectives et intuitives .
La parole est libératrice quand elle s’origine du corps et de l’émotion, quand elle est incarnée. Trouver les mots : un passage obligé, le « parlêtre », l’échelle de Jacob en association lumineuse à ce qui est et à ce qui nous dépasse .
L’esprit, lui, peut s’enflammer au feu supérieur divin. Pour cela il ne plie pas devant les épreuves mais semble plutôt les rechercher pour les transformer en richesses sur un chemin d’espoir. Il nous lie, en ressemblance, au plus grand que nous sommes. Il est l’étoupe dont on fait le brûlot qui enflammera l’ordre établi lorsque celui-ci, affadi par la complaisance et le manque d’apports extérieurs ne survit que par la « chosification » des fruits de notre monde. Il est le lien inattaquable et immensément clair et lumineux. Il domine toutes les souffrances de l’Etre pour nous inscrire, par un voyage initiatique, vers le grandir de soi, vers davantage d’ouverture à ce qui nous dépasse. Par cette attitude, la perspective ontologique nous entraîne, par le processus de quête intérieure du mystère fondamental, vers plus grand que nous, vers ce qui semble éloigné mais qui paradoxalement est si proche, au plus profond de nous, au coeur de notre être, au cœur de l’Etre .
Dans son implication sociale, l’être humain doit avoir un comportement éthique afin d’orienter sa vie selon des principes humanistes – à retravailler sans cesse par l’affirmation d’une posture de connaissance, de sagesse, de lâcher prise, de réflexion tout autant que de méditation -, afin de lui permettre de garder le cap . Ainsi seront dégagées les traces pouvant servir de repères aux génération futures .
Par la conjonction complexe du corps, du psychologique et de l’esprit, nous nous orienterons alors dans la direction du grandir de l’Etre . Alors nous ferons le saut de la vie . Nous élèverons notre être . Nous serons debout avec notre parole et nos signes , ce qui nous amènera par notre verticalité à libérer ce que nous sommes .
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